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Conjonctivite : virale, bactérienne ou allergique ?

Œil rouge, larmoiement, paupières collées : sous un même tableau se cachent des causes très différentes, dont une seule justifie parfois un antibiotique. Cette fiche explique comment les distinguer, combien de temps on reste contagieux, ce qui se traite et ce qui doit alerter.

Rougeur diffuse, sécrétions
Inflammation de la conjonctive : dilatation des vaisseaux et rougeur diffuse.

Qu'est-ce qu'une conjonctivite ?

La conjonctive est la fine membrane transparente qui tapisse l'intérieur des paupières et la surface blanche de l'œil. Lorsqu'elle s'enflamme, les vaisseaux qu'elle contient se dilatent : l'œil devient rouge, larmoie, gratte ou brûle. C'est le motif de consultation oculaire le plus fréquent, et il recouvre des causes très différentes — virale, bactérienne, allergique, irritative — dont le traitement n'a rien de commun.

Un point essentiel : une conjonctivite ne fait pas baisser la vision et ne provoque pas de douleur profonde. Une gêne, une sensation de sable, un éblouissement modéré, oui. Une vraie baisse d'acuité ou une douleur intense signent autre chose — kératite, uvéite, glaucome aigu — et imposent un examen sans attendre.

Conjonctive palpébraletapisse l'intérieur des paupièresConjonctive bulbairerecouvre le blanc de l'œilCornéetransparente : jamais atteintedans une conjonctivite simple
La conjonctive recouvre le blanc de l'œil et l'intérieur des paupières. Elle s'enflamme sans toucher la cornée : c'est pourquoi une conjonctivite simple ne fait pas baisser la vision.

Les différents types de conjonctivite

La conjonctivite virale

C'est la plus fréquente chez l'adulte. L'adénovirus en est responsable dans la grande majorité des cas. Elle débute souvent d'un côté puis gagne l'autre œil en quelques jours, dans un contexte de rhinopharyngite ou après un contact avec une personne atteinte.

La contagiosité est élevée. Selon les recommandations de l'American Academy of Ophthalmology, la période de contagion est généralement de 10 à 14 jours à partir du début des symptômes. La transmission se fait par les mains, les objets partagés (serviettes, oreillers, téléphone, poignées de porte), les collyres et les instruments — les épidémies en collectivité et en cabinet médical sont classiques.

Traitement : il est symptomatique. Lavages au sérum physiologique, larmes artificielles, compresses fraîches, hygiène des mains rigoureuse (savon et eau, plus efficace que le gel hydro-alcoolique sur l'adénovirus), serviette personnelle, éviction des lentilles jusqu'à guérison complète. Les antibiotiques sont inutiles : ils ne raccourcissent pas l'évolution et sélectionnent des résistances. Les corticoïdes ne se prescrivent que par un ophtalmologue, en cas d'atteinte cornéenne invalidante, jamais en automédication : ils aggravent une kératite herpétique et peuvent élever la pression intraoculaire.

La conjonctivite bactérienne

Plus fréquente chez l'enfant. Les germes en cause sont surtout Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae et Haemophilus influenzae.

Traitement : la plupart des conjonctivites bactériennes de l'adulte immunocompétent guérissent spontanément en une à deux semaines. Un collyre antibiotique raccourcit la durée des symptômes et la contagiosité ; il est surtout indiqué en collectivité, chez le porteur de lentilles, chez l'immunodéprimé, ou quand les sécrétions sont franchement purulentes. Les lavages au sérum physiologique restent la base.

Deux formes imposent une prise en charge urgente et spécifique : la conjonctivite à gonocoque (sécrétions purulentes massives, œdème palpébral majeur, évolution en quelques heures, risque de perforation cornéenne) et la conjonctivite à Chlamydia (traînante, folliculaire, associée à une infection génitale, imposant un traitement général et celui du partenaire).

Porteur de lentilles : devant un œil rouge, il faut retirer les lentilles immédiatement et consulter. Le risque n'est pas la conjonctivite, mais l'abcès de cornée, qui peut laisser une cicatrice définitive sur l'axe visuel. Ne jamais remettre une lentille sur un œil rouge.

La conjonctivite allergique

Elle est bilatérale et son symptôme cardinal est le prurit : ça démange, franchement. On y associe un larmoiement clair, un chémosis (conjonctive gonflée, d'aspect gélatineux), des paupières bouffies, et souvent une rhinite.

Traitement : éviction de l'allergène quand elle est possible, lavages au sérum physiologique et larmes artificielles (qui diluent l'allergène), collyres antihistaminiques et antidégranulants mastocytaires. Les corticoïdes locaux sont réservés aux poussées sévères, sur prescription et pour une durée courte. Les collyres vasoconstricteurs, qui « blanchissent » l'œil, entraînent un effet rebond et sont à éviter.

Les conjonctivites irritatives et les diagnostics voisins

Chlore de piscine, fumée, poussière, climatisation, conservateurs des collyres, écrans : l'irritation chronique donne un tableau proche mais sans sécrétion ni prurit vrai. Deux causes sont très souvent confondues avec une conjonctivite :

Enfin, chez le nouveau-né, toute conjonctivite dans le premier mois de vie (ophtalmie néonatale) doit être vue rapidement : elle peut relever d'une infection à gonocoque ou à Chlamydia contractée à l'accouchement, ou d'une simple imperforation du canal lacrymal.

Viralelarmoiement clairBactériennesécrétions purulentesAllergiquedémangeaisons, œdème
Trois tableaux, trois conduites : le larmoiement clair oriente vers le virus, les sécrétions purulentes vers la bactérie, les démangeaisons bilatérales vers l'allergie.

Reconnaître les trois grandes causes

ViraleBactérienneAllergique
Signe dominantLarmoiement clairSécrétions purulentesDémangeaisons
AtteinteUn œil puis l'autreSouvent les deuxLes deux, d'emblée
Ganglion prétragienFréquentRareAbsent
ContexteRhinopharyngite, contageEnfant, collectivitéSaison, allergène, rhinite
ContagiositéÉlevée, 10 à 14 joursModéréeNulle
Traitement de fondSymptomatiqueLavages ± antibiotiqueAntihistaminique, éviction

À retenir : l'immense majorité des yeux rouges qui grattent ou qui pleurent, sans douleur ni baisse de vision, guérissent seuls. L'antibiotique n'est pas le réflexe utile ; l'hygiène des mains, si.

MainsObjets partagésserviette, téléphone, collyreŒil sain10 à 14 joursdurée habituellede contagionLe lavage des mains au savon interrompt la chaîne plus efficacement que le gel hydro-alcoolique.
La conjonctivite à adénovirus se transmet par les mains et les objets. Rompre un maillon de la chaîne suffit à protéger l'entourage.

Limiter la contamination

La conjonctivite virale se transmet par contact direct ou indirect. Pendant toute la période symptomatique, et jusqu'à une dizaine de jours après le début :

Quand consulter sans attendre

Un avis ophtalmologique rapide s'impose si : la vision baisse, la douleur est profonde ou intense, la photophobie est marquée, l'œil rouge est unilatéral avec une cornée d'aspect trouble, vous portez des lentilles de contact, il existe un antécédent d'herpès oculaire ou de chirurgie oculaire récente, les sécrétions purulentes sont massives et d'installation brutale, ou l'évolution dépasse une dizaine de jours sans amélioration. Chez le nouveau-né, toute conjonctivite doit être vue rapidement.

Questions fréquentes

Combien de temps une conjonctivite est-elle contagieuse ?

Pour une conjonctivite virale à adénovirus, la période de contagion est généralement de 10 à 14 jours à partir du début des symptômes. La conjonctivite bactérienne l'est modérément et cesse de l'être rapidement sous traitement. La conjonctivite allergique n'est pas contagieuse.

Faut-il un collyre antibiotique ?

Le plus souvent, non. Les conjonctivites virales, qui sont les plus fréquentes chez l'adulte, ne répondent pas aux antibiotiques. Même la plupart des conjonctivites bactériennes de l'adulte guérissent spontanément. L'antibiotique se discute surtout en cas de sécrétions franchement purulentes, chez l'enfant en collectivité, chez le porteur de lentilles ou l'immunodéprimé.

Puis-je aller travailler ou envoyer mon enfant à l'école ?

L'éviction n'est pas systématiquement obligatoire, mais elle est souvent recommandée à la phase aiguë d'une conjonctivite virale, très contagieuse. L'hygiène des mains et le non-partage des serviettes comptent davantage que l'éviction elle-même.

Comment savoir si c'est allergique ?

Le prurit est le signe clé : une conjonctivite allergique démange franchement, atteint les deux yeux d'emblée, s'accompagne souvent d'éternuements et de nez qui coule, et récidive à la même période de l'année ou dans le même environnement.

Puis-je porter mes lentilles pendant une conjonctivite ?

Non. Il faut les retirer dès l'apparition de la rougeur, ne pas les remettre avant guérison complète, et jeter la paire portée pendant l'épisode ainsi que l'étui. Un œil rouge chez un porteur de lentilles doit faire éliminer un abcès de cornée.

Les collyres qui blanchissent l'œil sont-ils utiles ?

Les vasoconstricteurs masquent la rougeur sans traiter la cause et provoquent un effet rebond à l'arrêt. Ils ne sont pas recommandés.

Une conjonctivite peut-elle abîmer la vue ?

Une conjonctivite simple, non. Mais une kératoconjonctivite épidémique peut laisser des opacités cornéennes gênantes pendant des semaines, et un œil rouge douloureux avec baisse de vision n'est pas une conjonctivite : il faut consulter.

Fiche d'information rédigée et relue par le Dr David Martiano, ophtalmologue et chirurgien à Nice — consultations au Port de Nice, interventions à Nice et à la Clinique Monte-Carlo (Monaco). Ce contenu est général et ne remplace pas une consultation : seul un examen ophtalmologique permet d'établir un diagnostic et de proposer une conduite adaptée. Dernière relecture : 10 juillet 2026.

Références
  • American Academy of Ophthalmology — Conjunctivitis Preferred Practice Pattern (2023) — consulter
  • Conjunctivitis Preferred Practice Pattern — Ophthalmology (journal de l'AAO), 2024 — consulter
  • Conjunctivitis Preferred Practice Pattern — Ophthalmology, 2018 (période de contagion) — consulter

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